la carte et le territoire - michel houellebecq - editions flammarion - prix goncourt 2010🏆Prix Goncourt 2010

Houellebecq m’a laissĂ© assez perplexe sur ce coup lĂ .

La carte et le territoire est le roman d’une vie, plus ou moins, de la maturitĂ© Ă  la mort de Jed Martin, artiste incompris. Enfin, disons que son gĂ©nie a Ă©tĂ© reconnu, que ses oeuvres se vendaient bien. Mais l’homme en lui-mĂȘme est toujours restĂ© seul. A chaque fois qu’on sent confusĂ©ment que cette solitude pourrait peut-ĂȘtre disparaĂźtre, ne serait-ce qu’un tout petit peu, Houellebecq finit par nous dĂ©tromper. Il reprend ainsi rĂ©solument le clichĂ© de base Ă  propos des artistes, Ă  savoir qu’ils sont rĂ©solument diffĂ©rents, Ă  la marge, qu’ils ne pensent pas comme les autres, et qu’ils ont un besoin dĂ©vorant de solitude pour vivre dans la plĂ©nitude de leur art. Jed Martin est peut-ĂȘtre un peu plus nuancĂ© au dĂ©but, mais vers la fin, c’est ainsi qu’il est reprĂ©sentĂ©.

Mais, pour ĂȘtre parfaitement honnĂȘte, ce n’est pas l’histoire de Jed Martin, ses quĂȘtes amoureuses et artistiques, ses errances interminables, qui m’ont vraiment captivĂ©e. Non, ce que j’ai trouvĂ© intĂ©ressant par-dessus tout dans cette oeuvre, c’est l’humour noir de Houellebecq, surtout quand il parle de lui-mĂȘme. J’ai eu l’impression, tout au long de ma lecture que l’auteur se moquait de son lecteur, qu’il s’amusait Ă  le provoquer en brisant tout ce qu’il y a de politiquement correct dans le monde.

Un exemple : « C’Ă©tait bien cela, se dit Jed; son pĂšre servait Ă  prĂ©sent de nourriture aux carpes brĂ©siliennes du ZĂŒrichsee. »

Tout est Ă©voquĂ© avec une dĂ©sinvolture, un regard dĂ©finitivement extĂ©rieur qui heurte le lecteur. Contrairement Ă  la grande majoritĂ© des auteurs, Houellebecq ne cherche pas du tout Ă  rendre son roman vibrant d’Ă©motion. Au contraire, le personnage est lointain, prĂ©fĂ©rant dĂ©velopper des thĂ©ories sur Ă  peu prĂšs tout ce qu’il croise, du radiateur aux mĂ©thodes de photographie, que de s’intĂ©resser aux sentiments, qu’ils soient les siens ou ceux des autres. Et on finit ce livre sans savoir s’il nous a vraiment intĂ©ressĂ©. On ne pense rien de ce personnage, parce qu’il nous est encore bien trop lointain, mĂȘme aprĂšs la derniĂšre page, mĂȘme aprĂšs sa mort, pour qu’on puisse en penser quoi que ce soit.

Houellebecq nous dĂ©peint un monde dĂ©senchantĂ©, moderne et sans surprise, un monde ennuyeux et dĂ©primant la plupart du temps, d’oĂč la magie est absolument exclue. Seule la magie de la crĂ©ation persiste, cet Ă©lan inexplicable qui fait que Jed se tourne tout Ă  coup vers les cartes Michelin puis vers la peinture, puis enfin vers la vidĂ©o. Il semblerait que dans ce monde industriel et touristique, oĂč tout n’est que consommation, seule la crĂ©ation mĂ©rite un peu de considĂ©ration.

Tout le reste n’est qu’ironie, moquerie, imagination. Les descriptions sont parfois vraiment drĂŽles, mĂȘlant des Ă©lĂ©ments totalement incongrus (aliens et lampadaires par exemple) – il faut dire que j’ai vraiment le mĂȘme humour que Michel Houellebecq.

Je crois que je pourrais parler encore longtemps de ce livre, plutĂŽt complexe dans sa simplicitĂ©. L’intrigue ne suit pas de lien logique, l’auteur ne raconte pas ce qui est normalement racontĂ© (dans le cas de l’enquĂȘte policiĂšre, on en sait plus sur le piĂ©tinement que sur l’actuelle rĂ©solution). On pourrait dire que Houellebecq est Ă  cĂŽtĂ© de la plaque, mais c’est un choix dĂ©libĂ©rĂ©, et le message Ă  en tirer n’en est que plus ambigu.

Je ne saurais pas dire si j’ai aimĂ© ce livre ou pas. Une seule chose est certaine cependant, : il m’a dĂ©finitivement engagĂ©e Ă  rĂ©flĂ©chir.


RĂ©sumĂ© de l’Ă©diteur :

Si Jed Martin, le personnage principal de ce roman, devait vous en raconter l’histoire, il commencerait peut-ĂȘtre par vous parler d’une panne de chauffe-eau, un certain 15 dĂ©cembre. Ou de son pĂšre, architecte connu et engagĂ©, avec qui il passa seul de nombreux rĂ©veillons de NoĂ«l. Il Ă©voquerait certainement Olga, une trĂšs jolie Russe rencontrĂ©e au dĂ©but de sa carriĂšre, lors d’une premiĂšre exposition de son travail photographique Ă  partir de cartes routiĂšres Michelin. C’était avant que le succĂšs mondial n’arrive avec la sĂ©rie des « mĂ©tiers », ces portraits de personnalitĂ©s de tous milieux (dont l’écrivain Michel Houellebecq), saisis dans l’exercice de leur profession. Il devrait dire aussi comment il aida le commissaire Jasselin Ă  Ă©lucider une atroce affaire criminelle, dont la terrifiante mise en scĂšne marqua durablement les Ă©quipes de police. Sur la fin de sa vie il accĂ©dera Ă  une certaine sĂ©rĂ©nitĂ©, et n’émettra plus que des murmures. L’art, l’argent, l’amour, le rapport au pĂšre, la mort, le travail, la France devenue un paradis touristique sont quelques-uns des thĂšmes de ce roman, rĂ©solument classique et ouvertement moderne.


Ça devait ĂȘtre bien pratique, quand mĂȘme, cette croyance en Dieu: quand on ne pouvait plus rien pour les autres – et c’Ă©tait souvent le cas dans la vie, c’Ă©tait au fond presque toujours le cas, et particuliĂšrement en ce qui concernait le cancer de son pĂšre- demeurait la ressource de prier pour eux.

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