Un roman russe - Emmanuel Carrère - Editions POL - Prix Duméniel 2007

🏆Prix Duménil 2007

C’est un roman russe qui n’est finalement ni vraiment russe ni vraiment un roman. Enfin, avec Koltenich, la langue russe, c’est un peu russe. Mais ça n’a définitivement rien d’un roman. C’est plutôt un texte à visée thérapeutique, mais bizarrement, pour l’auteur lui-même. A tel point que plusieurs fois au cours de ma lecture, j’en suis venue à me demander s’il ne se fichait pas un peu de nous, s’il n’en avait pas sérieusement rajouté une couche. Parce que c’est pour moi clairement inconcevable qu’on raconte autant sa vie dans un livre. Surtout autant de choses horribles, et qu’on se présente comme un personnage assez méprisable, se croyant supérieur à tout et tous et incapable de reconnaître ses torts. Toute cette histoire avec Sophie finalement nous révèle seulement qu’Emmanuel Carrère n’a pas su voir ses propres tares, et à la façon dont il le raconte et fait le bilan, on a bien l’impression qu’il n’a toujours pas compris ce qu’elle lui reprochait.

Est-ce que je peux vraiment dire que j’ai aimé ? Est-ce qu’on peut aimer un livre aussi noir où clairement l’auteur traîne sa dépression du début jusqu’à la fin, l’étalant sans fin sur chacune des pages ? J’ai plutôt trouvé la démarche assez intéressante. Et puis ça nous montre que notre vie à nous n’est peut-être pas si mal, que même si on est un peu tordus sur les bords, on ne le sera probablement jamais autant que l’auteur.

En fait, je ne sais pas vraiment pas quoi dire de ce livre. J’ai été touchée par toutes ces histoires qui s’entrecroisent, par Ania et Sacha, mais aussi l’autre Sacha qui trouve systématiquement refuge dans l’alcool, par Sophie qui aurait voulu pouvoir vivre sa passion dévorante jusqu’au bout sans comprendre que ce genre de passion ne mène jamais à une vie commune heureuse. Même l’auteur finalement, il finit aussi par nous toucher quelque part, surtout vers la fin (bien que ce soit un peu facile d’accuser l’ombre de son grand-père disparu de saccager sa vie, il la saccage très bien tout seul). C’est en fait un livre très vrai, comprenant une réflexion sur la vie qui peut nous parler, probablement pas à tous, mais moi il m’a parlé, je me suis retrouvée dans certains personnages, et j’ai retrouvé certains de mes proches dans d’autres.

Il y a plusieurs passages qui sont assez justes, et le style rend la lecture simple et agréable. C’est véritablement là qu’on voit apparaître le ‘style Carrère‘ pour la première fois, un mélange de confidence et de précision des faits, un regards biaisé sur la situation mais en même qui essaye de prendre du recul et d’évaluer les choses à leur juste valeur. C’est une confession, mais ça reste un roman quelque part.

Retrouvez mes autres chroniques sur Emmanuel Carrère : Le Royaume et L’Adversaire.


Résumé de l’éditeur :

La folie et l’horreur ont obsédé ma vie. Les livres que j’ai écrits ne parlent de rien d’autre. Après L’Adversaire, je n’en pouvais plus. J’ai voulu y échapper. J’ai cru y échapper en aimant une femme et en menant une enquête.

L’enquête portait sur mon grand-père maternel, qui après une vie tragique a disparu à l’automne 1944 et, très probablement, été exécuté pour faits de collaboration.

C’est le secret de ma mère, le fantôme qui hante notre famille. Pour exorciser ce fantôme, j’ai suivi des chemins hasardeux. Ils m’ont entraîné jusqu’à une petite ville perdue de la province russe où je suis resté longtemps, aux aguets, à attendre qu’il arrive quelque chose.

Et quelque chose est arrivé : un crime atroce. La folie et l’horreur me rattrapaient. Elles m’ont rattrapé, en même temps, dans ma vie amoureuse.

J’ai écrit pour la femme que j’aimais une histoire érotique qui devait faire effraction dans le réel, et le réel a déjoué mes plans. Il nous a précipités dans un cauchemar qui ressemblait aux pires de mes livres et qui a dévasté nos vies et notre amour.

C’est de cela qu’il est question ici : des scénarios que nous élaborons pour maîtriser le réel et de la façon terrible dont le réel s’y prend pour nous répondre.


Marcher, marcher droit devant moi, sans m’arrêter, sans me reposer, et surtout sans jamais revenir en arrière. Telle sera la règle de ma nouvelle vie: aller droit devant moi, là où me portent mes pas, sans retour ni regret.

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