Sotos - philippe djian - folio - poche - toreadors
Avec Philippe Djian, on ne sait jamais à quoi s’attendre. Il nous déroule les tentacule de son roman très lentement, en pesant bien ses mots, en s’attardant un peu plus sur tel ou tel personnage, sur tel ou tel épisode, sans qu’on comprenne vraiment ses choix, sans qu’on puisse le moins du monde deviner où l’intrigue va nous mener. Et puis, il nous tue en plein vol. On pourrait lui en vouloir, mais finalement, si j’ai été très frustrée sur le moment, je me dis maintenant qu’il n’y avait en effet plus rien à dire, que c’était là la fin logique des choses et qu’il vaut mieux finir en beauté que de s’attarder dans des longueurs inutiles (ce que Djian a bien compris et exécute à merveille).

Comme toujours, ses personnages sont à la fois attachants et profondément haïssables, tour à tour victimes et bourreaux. Mais il nous donne l’occasion de comprendre Mani et Vito, de leur trouver des excuses, de les apprécier. Alors que c’est sans espoir pour Victor Sarramanga, dont le point de vue n’est jamais présenté tout au long du roman. On n’a un peu le sentiment qu’il n’a que ce qu’il mérite finalement, que c’est lui le bourreau ultime de l’histoire, et la cause de toute la souffrance de tous les autres personnages. Tout est beaucoup plus compliqué que cela bien sûr, quand on tourne les pages, mais avec le recul, c’est un peu cela qu’on ressent. Et je ne peux m’empêcher de penser que Djian l’a fait exprès, lui qui, diaboliquement, mène son lecteur par le bout du nez et ne laisse jamais rien au hasard.

Toujours est-il qu’il s’agit d’un livre intense et captivant, qui prend aux tripes pour ne plus les lâcher, et donne à réfléchir sur la nature humaine.


Résumé de l’éditeur :

Entrer dans la vie, c’est entrer dans l’arène. On est jeune, plein de feu, et on croit la vie à ses pieds. Très vite, on découvre que ce qui va se passer est un peu plus compliqué qu’il n’y paraissait. Que les châtiments successifs débouchent sur l’inéluctable mise à mort. Sous la lumière brutale d’un immense Sud hispanique, trois hommes font brutalement l’apprentissage de la vie : Mani, fils sans père, dans toute la fougue de ses dix-huit ans, cherche une direction, un chemin ; Vito, père sans fils, confronté à la quarantaine, cherche à revenir dans les pas qu’il s’est tracé ; Victor Sarramanga, vieux solitaire farouche qui règne sur l’espace et les gens, cherche à régler ses ultimes comptes. Le premier va subir les premières piques, le second recevoir les banderilles, le dernier rencontrer son heure de vérité. Et tous vivront le manque amer de ce que l’on veut de toutes ses forces et qui ne vient jamais quand et comme on l’attend. Ainsi de ces femmes que l’on désire trop fort. Et qui se livrent trop vite, trop mal. Et tandis que les Sotos, ces petits démons qui vivent aplatis comme des galettes entre le bois et l’écorce et qu’on entend crier quand les troncs grincent et craquent à la tombée du jour, vibrent sous la tension électrique des orages, les personnages s’affrontent dans la fulgurance des passions et des pulsions. Jusqu’à ce que le feu les dévore et mette chacun, survivant ou mort, en paix armée avec lui-même.


Elle ouvrait les yeux avec l’aube, restait un long moment sans bouger, à examiner la progression de la lumière dans la chambre et elle réalisait doucement que le bonheur était un peu fade, ce qui le rendait difficile à identifier. Chaque matin, elle prenait davantage conscience qu’il n’y avait que quelques gouttes qui lui tombaient dans la bouche. Ce n’était pas le flot qu’elle aurait pu imaginer, le torrent qui devait vous engloutir, ce n’était pas une course folle mais de simple petits pas, un simple filet d’eau glissant sur vos lèvres, de toutes petites briques que l’on superpose une à une mais que l’on peut empiler jusqu’au ciel. Et cette révélation l’étourdissait, elle pensait avoir découvert un secret fondamental.

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