l'héritier - joost de vries - editions plon - rentrée littéraire 2017 - the unamed bookshelf

Spécialiste du métadiscours sur Hitler, largement obèse et surtout friand de bons mots, Josip Brik est un personnage unique. Plus particulièrement pour son ami et collègue, Friso de Vos, rédacteur en chef du Somnambule, La revue du métadiscours sur Hitler depuis 1991, et admirateur inconditionné de la pensée de Josip Brik. Privilégié parmi les privilégiés, Friso de Vos a eu la chance d’accompagner Josip Brik dans nombre de ses voyages, jusqu’à aller avec lui voir sa vieille mère près de Belgrade, il a partagé de nombreux moments avec son mentor, et peut se vanter de le connaitre mieux que personne… Jusqu’à ce que Josip Brik meure d’une défenestration à Amsterdam et qu’un inconnu au bataillon, Philip de Vries prononce un touchant discours à son enterrement, auquel Friso de Vos a été dans l’incapacité d’assister – fièvre chilienne oblige. Mais d’où sort ce type? A l’occasion d’un congrès à Vienne où les deux héritiers de Brik sont conviés, Friso est confondu avec l’usurpateur, et il n’hésite pas à jouer de cette confusion pour ridiculiser son adversaire, donnant lieu à des scènes dignes d’un vaudeville moderne.

Un roman à l’humour noir, dont ne sait parfois s’il faudrait en rire ou en pleurer. Joost de Vries n’hésite pas à dégainer les blagues sur le nazisme, sur l’holocauste, à ridiculiser Hitler et même à illustrer son roman avec des images tirées de things that look like Hitler! On aime le second degré, le côté légèrement loufoque de l’histoire, où les personnages ont parfois des discours sans queue ni tête, des tocs singuliers et plutôt ridicules. C’est à la fois drôle et intelligent, subtile et documenté – grand nombre de blagues ont un fond historique, mais reste accessibles au lecteur non averti.

Au delà des scènes et personnages comiques, l’auteur pose des questions essentielles sur l’héritage du passé, l’héritage du nazisme plus particulièrement, et notre façon à chacun de l’appréhender, de le comprendre et de le porter. Il s’intéresse également au processus du deuil, à la façon dont les hommes dépassent la perte d’un être cher, parfois par l’imagination, parfois en ce rattachant à ceux qui restent. Certains perdent les pédales, s’inventent une vie différente où la perte n’existe plus, d’autres s’imaginent des scènes rendant hommage au défunt dans de superbes moments émouvants. Friso de Vos a-t-il tout inventé? Jusqu’à quel point? Est-ce que l’autre, ça ne serait pas lui? Est-ce un hasard si l’autre s’appelle « de Vries » comme l’auteur?

Finalement, ce roman nous fait réfléchir tout en nous faisant rire, nous instruit tout en nous amusant, nous perd tout en nous guidant doucement vers le dénouement. J’avoue n’avoir pas forcément compris le message de l’épilogue, mais j’ai le sentiment que c’est précisément ce que recherche l’auteur, en laissant une fin ouverte, où chacun peut comprendre ce qu’il souhaite, où chacun peut s’imaginer, lui aussi, à la place de Friso de Vos.

Merci aux Editions Plon et à Masse Critique pour cette découverte !


Résumé de l’éditeur:

Quand il apprend le décès de son mentor Josip Brik, le philosophe spécialiste du métadiscours sur Hitler, Friso de Vos est anéanti. Profitant de sa détresse, un certain Philip de Vries, inconnu total, occupe alors le devant de la scène, multiplie les apparitions télévisées et devient le successeur de Brik aux yeux du monde entier.

Refusant de se laisser reléguer au second plan, Friso se rend à Vienne pour un colloque, bien décidé à montrer qu’il est le seul vrai connaisseur de l’oeuvre de Brik et son unique dauphin. Mais quand on le confond avec l’imposteur, Friso décide de se prêter au jeu.

Se jouant de la culture universitaire, mêlant références littéraires et culture pop, le roman nous entraîne dans l’univers de l’intelligentsia internationale ou la réalité compte moins que ce qu’on en dit. Une satire universitaire cinglante, un conte absurde extrêmement érudit.

Joost de Vries nous offre un grand roman, avec des scènes en miroir ou en poupées russes, des jeux d’identité en cascade, un nombre incroyable de références historiques et littéraires. Un conte absurde extrêmement érudit, fin, intelligent et maîtrisé.


Il y développait le thème d’un Occident qui s’est trop laissé anesthésier pour pouvoir encore introduire les mutations socio-culturelles qu’il sait pourtant nécessaires. Nous voulons, disait-il, des révolutions sans révolution, des guerres sans victimes, des bolides sans accidents, de la bière sans alcool, du Coca sans sucre, du café sans caféine. En clair, c’est la dégénérescence du libre marché à tous les étages de la psyché. Nous voulons le maximum, mais pour rien, et cette position paradoxale nous laissera sans défense face à l’émergence de nouveaux Robespierre ou de nouveaux Hitler.

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