Fugitive parce que reine, Violaine Huisman, Gallimard, 68 premières fois, the unamed bookshelf

📖68 Premières Fois – Hiver 2018

Violaine avait 10 ans quand sa mère a été internée de force, tirée de sa maison de vacances, camisole au corps. A travers ce récit, elle retrace son enfance, celle de sa mère, essayant de trouver un sens à cet épisode tragique et à la vie mouvementée qui s’en est suivie. Elle nous confie d’abord en vrac des scènes de son enfance, la séparation de ses parents, le remariage de sa mère, la découverte de leur véritable grand-père, les vacances en Corrèze, la séparation d’avec Ducon, les visites régulières des pompiers… Puis elle nous reconstitue minutieusement la vie de sa mère, de sa naissance non désirée à cet internement forcé, ce parcours chaotique expliquant tout ou presque, les extravagances, les excès, la liberté érigée comme principe de vie, la force et la faiblesse de cette femme qui ne vivait pas à moitié.

Qu’est-ce qu’on garde d’une vie? Comment la raconter? Qu’en dire? Est-ce qu’une vie compte autrement que dans l’enfantement ou la création? Quelle vie vaut la peine d’être retenue? De qui se souvient-on? De qui se souviendra-t-on?

Difficile pour moi d’entrer dans cette lecture. La première partie du livre n’a pas su me parler, je n’ai pas accroché avec ces longues phrases interminables, ces digressions incompréhensibles, ce sentiment d’urgence qui montrait que l’auteure se débarrassait là d’un bagage devenu trop lourd à porter. Elle en dit beaucoup, elle tourne autour du pot, sans jamais vraiment rentrer dans le détail de cet évènement tragique. Je n’ai pas été touchée par cette première partie, j’ai trouvé l’humour maladroit, je n’ai pas ressenti l’amour inconditionnel de cette fille pour sa mère. Sujet trop sensible peut-être, je n’ai pas pu prendre de la distance pour apprécier le côté littéraire du récit.

J’allais abandonner ma lecture, quand la seconde partie s’est annoncée – et là, tout a changé. C’est là que Violaine rend vraiment hommage à sa mère, en restituant son histoire, en explorant ses forces et ses failles, en allant au plus profond de ses sentiments contradictoires, en révélant la femme plus que la mère maniaco-dépressive. C’est bien raconté, avec un style plus mesuré, plus poli que dans la première partie : on admire Catherine, on l’envie, on comprend là toute la suite. Les deux dernières parties du récit m’ont véritablement touchée, mon coeur s’est serré vers la fin quand l’auteure a évoqué les derniers moments de sa mère et les efforts incroyables faits par ses filles pour accéder à ses dernières volontés. C’est une superbe leçon de vie que l’histoire de cette femme qui s’est brûlé les ailes à vouloir vivre trop intensément.

Une jolie découverte, en demi-teinte pour moi, mais je suis contente d’être allée au bout et d’avoir pu découvrir cette histoire.


Résumé de l’éditeur :

« Maman était une force de la nature et elle avait une patience très limitée pour les jérémiades de gamines douillettes. Nos plaies, elle les désinfectait à l’alcool à 90 °, le Mercurochrome apparemment était pour les enfants gâtés. Et puis il y avait l’éther, dans ce flacon d’un bleu céruléen comme la sphère vespérale. Cette couleur était la sienne, cette profondeur du bleu sombre où se perd le coup de poing lancé contre Dieu.»

Ce premier roman raconte l’amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l’écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d’une femme, une femme avant tout, qui n’a jamais cessé d’affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.


Le propre du ravissement est de se manifester dans l’éphémère, au point culminant de l’effusion et de l’effervescence, au paroxysme d’un élan qui ne peut se maintenir en lévitation permanente, il faut bien atterrir, et dans la vie il y a des hauts et des bas, on ne peut pas tout le temps rester perché sur les cimes de l’orgasme. Maman ne connaissait pas la descente en douceur, la piste verte n’existait pas dans son domaine skiable, au mieux elle était rouge incendiaire, au pire noire extinction. Alors il ne restait plus qu’à voir s’il y avait plus haut, si on pouvait encore monter tant que le ciel était bleu.

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