De sang froid, Truman Capote, Folio, ReadingClassics Challenge 2018

#ReadingClassicsChallenge2018

Un beau dimanche, à l’heure de la messe, une famille entière est retrouvée assassinée dans une propriété de Garden City. La mère et les deux enfants tués d’un coup de fusil, le père égorgé puis fusillé lui aussi. Alvin Dewey se retrouve à devoir résoudre ce meurtre gratuit, terriblement barbare et totalement inattendu, la famille Clutter ayant été particulièrement aimée de ses concitoyens. En parallèle, Dick et Perry, récemment sortis du pénitencier de Lansing se baladent sur les routes du Kansas, laissant derrière eux des piles de chèques sans provisions, en direction du Mexique, où ils espèrent bien trouver un trésor sous-marin. N’ont-ils pas fait escale à Garden City par un froid samedi de Novembre?

Roman policier sans l’être véritablement, De sang-froid ne joue pas sur des techniques de suspense pour dévoiler petit à petit l’auteur du quadruple meurtre. Le lecteur découvre en même temps la gentille famille Clutter – Herb croquant ses pommes devant son verger, Bonnie se baladant en chemise de nuit dans la maison, Nancy aidant une amie à réaliser une tarte, Kenyon faisant la course aux coyotes dans son vieux fourgon – et le duo atypique que forment Dick et Perry, petits délinquants aux personnalités particulières. Truman Capote prend le temps de son entrée en matière, il plante le décor, il détaille les personnages et les ambiances. Il nous attache lentement et surement aux victimes et aux meurtriers, à ceux qui sont partis trop tôt et à ceux qui ont pressé la détente. On s’attache aux meurtriers dans ce qu’ils ont de profondément humain. Perry surtout, un homme touchant au passé difficile, surprend par sa créativité, son intelligence, sa curiosité naturelle.

Qu’est-ce que la vie? C’est le scintillement d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un buffle en hiver. C’est comme la petite ombre qui traverse les champs et va se perdre dans le coucher du soleil. […]
Cela évoquait exactement sa conception de la vie. A quoi bon s’en faire ? Pourquoi « suer sang et eau » ?
L’homme n’est rien, une buée, une ombre absorbée par les ombres.

Avec un style chirurgical, l’auteur nous présente les témoignages, les réflexions de la police, les antécédents des protagonistes. Il n’y a pas ici de diabolisation du crime, pas de jugement valeur, rien que les faits froids et objectifs. Il nous laisse la possibilité de juger, de nous faire une opinion, il se contente de nous nourrir des informations qu’il a collectées pendant cinq ans d’enquête. Résultat d’un incroyable travail de recherches, De sang-froid ne se contente pas seulement de relater des faits réels, il amène à réfléchir sur notre droit, à chacun, de donner la mort, qu’elle soit infligée par balle lors d’un cambriolage ou par pendaison pour réparation d’un crime. Perry Smith et Richard Hickock ont indéniablement privé plusieurs personnes de leur vie, ils se sont rendus coupables d’un crime atroce et méritaient d’être punis. Mais devait-on pour autant les pendre? Truman Capote leur a rendu visite pendant leurs nombreuses années « au Coin » dans l’attente de l’exécution de leur sentence : il nous dresse un portrait terriblement humain de ces deux hommes qui finiront pourtant au bout d’une corde. Toujours légale au Kansas, la peine de mort reste encore aujourd’hui un sujet éthique d’actualité, et ce récit nous amène à en considérer la pertinence.

Un classique incontournable, à lire absolument.


Résumé de l’éditeur :

«Il était midi au cœur du désert de Mojave. Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l’harmonica. Dick était debout au bord d’une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l’intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d’entre eux ne s’arrêtait pour les auto-stoppeurs… Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l’argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert.»


Plus tard, au moment du café et des cigarettes, Perry revint sur le sujet du vol. « Mon ami Willie-Jay en parlait souvent. Il disait que tous les crimes ne sont que « des variétés de vol. » Le meurtre aussi. Quand on tue un homme, on lui vole sa vie. J’imagine que je suis un drôle de voleur. Tu vois, Don, je les ai vraiment tués. En bas, dans la salle d’audience, ce vieux Dewey a donné l’impression que je mentais, à cause de la mère de Dick. Eh ! bien non. Dick m’a aidé, il a tenu la lampe de poche et il a ramassé les douilles. Et c’était son idée aussi. Mais Dick les a pas tués, il en aurait jamais été capable, bien qu’il soit vachement rapide quand il s’agit d’écraser un vieux chien. Je me demande pourquoi je l’ai fait. » Il fronça les sourcils comme si le problème était tout nouveau pour lui, une pierre qu’on vient juste de déterrer, d’une couleur étonnante et non encore cataloguée. « J’sais pas pourquoi, » dit-il comme s’il tenait la pierre à contre-jour, l’étudiant sous tous ses angles. « J’étais furieux contre Dick. Le dur, gonflé à bloc. Mais c’était pas Dick. Ou la peur d’être reconnu. J’étais prêt à courir ce risque. Et les Clutter n’y étaient pour rien. Ils ne m’ont jamais fait de mal. Comme les autres. Comme les autres m’en ont fait toute ma vie. Peut-être simplement que les Clutter étaient ceux qui devaient payer pour les autres.

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