Ariane - Myriam Leroy - Don Quichotte Ă©ditions - 68premiĂšresfois

📖68 Premiùres Fois – Hiver 2018

Elle a douze ans, elle n’est pas vraiment jolie et mĂȘme carrĂ©ment nĂ©gligĂ©e, et elle se retrouve dans une Ă©cole de riches bien peignĂ©s, bien bronzĂ©s, bien musclĂ©s. Elle fait tache et pourtant, la plus jolie fille de la classe l’invite Ă  devenir son amie. La chenille devient papillon. Du jour au lendemain, elle devient belle, provocante et manipulatrice, encouragĂ©e par son amitiĂ© fĂ©roce avec Ariane, que rien n’arrĂȘte. Elles feront les quatre cent coups, elles essayeront tout, elles joueront avec tout le monde, jusqu’Ă  se brĂ»ler les ailes et faire de leurs vies respectives un enfer.

Quatre heures. C’est le temps qu’il m’a fallu pour commencer et terminer ce livre. J’ai Ă©tĂ© totalement aspirĂ©e, absorbĂ©e, dĂ©bordĂ©e, comme je ne l’ai pas Ă©tĂ© depuis bien longtemps. Pourquoi? Pour plusieurs raisons. Le style d’abord, dĂ©senchantĂ©, cru, agressif presque, assenant des vĂ©ritĂ©s qu’on pense tout bas sans jamais se les avouer tout haut. C’est le choc, l’affrontement, chaque phrase, presque Ă  chaque mot, le combat permanent d’une adolescente avec ce qu’elle est et ce qu’elle veut ĂȘtre. L’intrigue ensuite, le suspens inhĂ©rent Ă  cette histoire fonciĂšrement tordue, Ă  cette amitiĂ© complĂštement malsaine, Ă  ces personnages tellement tortueux. DĂšs le dĂ©but, la mort est annoncĂ©e, le drame est posĂ©, la rupture jetĂ©e sur la premiĂšre page, reste Ă  savoir comment on en arrive lĂ . On ne lĂąche pas tant qu’on ne sait pas, tant qu’on ne voit pas les limites de l’amitiĂ© et de la haine. Le style, l’intrigue, deux bonnes raisons pour accrocher Ă  un livre.

J’ai mĂȘme appris Ă  ne plus me faire d’illusions. J’ai compris que la vie n’avait d’autre sens que de la vivre et, si je ne m’en rĂ©jouis pas forcĂ©ment, j’en fais mon affaire, je l’accepte et n’en veux Ă  personne (enfin, pas vraiment) de ne pas m’en avoir avertie. J’ai intĂ©grĂ© que l’amour Ă©tait une humeur hormonale utile Ă  la perpĂ©tuation de l’espĂšce, le dĂ©sir soluble dans l’habitude et l’amitiĂ© une disposition occupationnelle.

Pourquoi j’ai tellement accrochĂ© Ă  ce livre qu’il me reste encore en travers des tripes aujourd’hui et qu’il restera encore dans ma mĂ©moire pendant un bon moment? Je m’y suis retrouvĂ©e. Difficile Ă  avouer quand on lit les retours d’autres lecteurs, effarĂ©s devant l’atrocitĂ© de cette amitiĂ© adolescente, questionnant la rĂ©alitĂ© des faits. Non, je n’ai pas subi tout ça, loin de lĂ . Mais mon adolescence n’est pas si loin, et j’ai trouvĂ© beaucoup de vĂ©ritĂ© dans ce rĂ©cit, par rapport Ă  cette pĂ©riode de notre vie oĂč l’envie d’ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e, reconnue, adulĂ©e mĂȘme parfois nous rend odieuse et manipulatrice. Je me suis retrouvĂ©e dans les rĂ©flexions dĂ©senchantĂ©es de l’auteur, dans son humour un peu noir et sa luciditĂ© de la vie. J’aurais pu Ă©crire certains de ces passages – pas aussi bien probablement, mais le fond aurait Ă©tĂ© dans le mĂȘme esprit.


RĂ©sumĂ© de l’Ă©diteur:

« Quand j’ai eu douze ans, mes parents m’ont inscrite dans une Ă©cole de riches. J’y suis restĂ©e deux annĂ©es. C’est lĂ  que j’ai rencontrĂ© Ariane. Il ne me reste rien d’elle, ou presque. Trois lettres froissĂ©es, aucune image. Aucun rĂ©sultat ne s’affiche lorsqu’on tape son nom sur Google. Ariane a vĂ©cu vingt ans et elle n’apparaĂźt nulle part. Quand j’ai voulu en parler, l’autre jour, rien ne m’est venu. J’avais souhaitĂ© sa mort et je l’avais accueillie avec soulagement. Elle ne m’avait pas bouleversĂ©e, pas torturĂ©e, elle ne revient pas me hanter. C’est fini. C’est tout. »

Elles sont collĂ©giennes et s’aiment d’amour dur. L’une vient d’un milieu modeste et collectionne les complexes. L’autre est d’une beautĂ© vĂ©nĂ©neuse et mĂšne une existence lĂ©gĂšre entre sa piscine et son terrain de tennis. L’autre, c’est Ariane, jeune fille incandescente avec qui la narratrice noue une relation furieuse, exclusive, nourrie par les sĂ©vices qu’elles infligent aux autres. Mais leur histoire est toxique et porte en elle un poison Ă  effet lent, mais sĂ»r.

Premier roman sur une amitié féroce, faite de codes secrets et de signes de reconnaissance, à la vie à la mort.


J’en Ă©tais sĂ»re. Notre binĂŽme Ă©tait surnaturel. Nous Ă©tions plus que la somme de nos parties, nous Ă©tions cette complĂ©tude en tous points soudĂ©e dont naissaient les rayons laser et les pouvoirs magiques. Nous imaginions avoir en poche deux mĂ©daillons orphelins, le croissant de lune et le soleil qui, s’emboĂźtant, devenaient la clef des MystĂ©rieuses CitĂ©s d’or. Sauf que l’univers auquel notre union donnait accĂšs Ă©tait un royaume de tĂ©nĂšbres, peuplĂ© de dĂ©mons ondulant dans la brume humide du crĂ©puscule. Dans notre souterrain, Ă  quelques mĂštres sous la surface des hommes, nous nous accordions le droit de lĂącher les monstres intĂ©rieurs qui grattaient Ă  nos portes.

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