Qu’est-ce que j’aime les fresques historiques et familiales ! Partir d’un homme, disons Wilhem, qui tombe amoureux d’une femme, disons Almah, puis les retrouver pris dans la tourmente du racisme national-socialiste, les suivre à travers l’Anschluss et l’Océan Atlantique, jusqu’à un coin paradisiaque de République Dominicaine où ils finiront par poser leurs valises. Ah décidément, les grandes histoires de vie, moi j’adore ça.

Oui mes amis, c’est ici encore l’histoire d’une famille juive prise en étau par la montée du nazisme, alors qu’elle coulait des jours tranquille de grande bourgeoise à Vienne, capitale européenne de la culture pendant plusieurs siècles. C’est une histoire qui commence comme bien d’autres mais qui se poursuit bien différemment, puisqu’elle nous entraîne vers l’exil de cette famille, le déchirement qu’ont vécu ces gens à quitter famille et patrie dans la plus grande incertitude. Ici, c’est la question de l’identité, de l’enracinement qui persiste tout au long du récit, plus que celle de l’holocauste. Comment ces gens, qui ne s’étaient jamais considérés comme Juifs ont-ils vécu l’exclusion sociale, le retrait de leur identité nationale, le sabotage de leurs racines ?

Catherine Bardon est une conteuse hors pair, elle nous entraîne dans cette épopée avec finesse et poésie, elle nous offre un roman sensible et joyeux, qu’il fait bon lire et qui nous entraîne irrémédiablement vers d’autres cieux. Grâce à ses descriptions incroyablement vivaces, elle fait naître sous nos yeux ce paysage pourtant inconnu de  Sosúa, ce petit coin de paradis construit à la force des bras de ces exilés en quête d’une terre hospitalière. Je reste admirative devant le travail de recherche et la patiente reconstruction effectués par l’auteur pour nous servir ce roman d’un réalisme rare. J’aime les romans où l’on entre pour ne plus en sortir, où notre vie entière est reléguée au second plan face à la vérité criante des lignes que nous parcourons des yeux. Les déracinés fait partie de cette catégorie de romans, de ceux qui bouleversent et transportent.

 


Résumé de l’éditeur :

 

Des cafés viennois des années trente aux plages des Caraïbes, découvrez une formidable histoire d’amour et d’exil, et le destin exceptionnel d’Almah et de Wilhelm.

Vienne, 1932. Au milieu du joyeux tumulte des cafés, Wilhelm, journaliste, rencontre Almah, libre et radieuse. Mais la montée de l’antisémitisme vient assombrir leur idylle. Au bout de quelques années, ils n’auront plus le choix ; les voilà condamnés à l’exil. Commence alors une longue errance de pays en pays, d’illusions en désillusions. Jusqu’à ce qu’on leur fasse une proposition inattendue : fonder une colonie en République dominicaine. En effet, le dictateur local a offert cent mille visas à des Juifs venus du Reich.
Là, au milieu de la jungle brûlante, tout est à construire : leur ville, leur vie.

Fondée sur des faits réels, cette fresque au souffle admirable révèle un pan méconnu de notre histoire. Elle dépeint le sort des êtres pris dans les turbulences du temps, la perte des rêves de jeunesse, la douleur de l’exil et la quête des racines.


Unis par les épreuves, l’exil et l’abandon de nos vies, nous vivions dans une atmosphère de gaieté des relations saines, faites de complicité, de partage, de franche camaraderie, d’une compréhension mutuelle qui se passait de mots. Nous menions une vie simple et paisiblement harmonieuse. Aux privations et à l’inconfort, nous opposions une joie bruyante, parfois un peu forcée. Le sentiment de précarité laissait peu à peu la place à un sentiment de bien-être. C’en était fini de baisser les yeux, d’essayer de passer inaperçus, de nous fondre dans le décor, de perdre de la substance. Nous n’étions plus ces mendiants gris. Nous avions retrouvé notre dignité, nous avions une nouvelle terre et une nouvelle famille, et c’était vertigineux. Nous savions que nous vivions un moment unique suspendu dans le cours de nos vies ; c’était à la fois enivrant, exaltant et émouvant.

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