Brillante Stéphanie Dupays J'ai Lu Mercure de France Poche The Unamed BookshelfRéussir, ça ne s’improvise pas. Claire l’a bien compris et a mis toutes les chances de son côté : diplômée de l’Ecole, en couple avec un parisien trader, cadre supérieure chez Nutribel, toute sa vie tourne autour de sa réussite. Jusqu’au jour où elle ne réussit plus, où elle se retrouve placardisée, abandonnée par sa hiérarchie, payée à ne rien faire. Plus d’accomplissement par le travail, plus rien à dire à ses amis obsédés par la réussite, c’est la disgrâce, et elle ne sait pas comment faire face, comme exister sans sa réussite professionnelle.

Bas les masques, regardons la vérité en face. Claire est une jeune cadre dynamique comme il en existe tant, ces personnes omnibulées par leur carrière et leur statut social, portée sur un piédestal par le monde de l’entreprise pour leur propension à sacrifier leur vie et leur santé à leur travail. Stéphanie Dupays dresse un portrait sans pitié de cette fausse méritocratie contemporaine basée sur le déni de soi et le conformisme aux codes pré-établis d’un monde corporatiste tout puissant. Plus encore, elle nous révèle habilement la main mise de l’entreprise sur nos vies, depuis notre vocabulaire repris des principes de gestion de projet au slogans marketing qui peuplent notre quotidien. Tout n’est qu’image, tout n’est que commerce, tout est faux et calculé.

A travers une sorte de conte contemporain caricatural, Stéphanie Dupays nous sert une vraie réflexion sur notre mode de vie, nous montrant, à travers le personnage de Juliette, qu’il est possible de choisir une vie différente, sans s’asservir aux principes du capitalisme. Claire a vingt-cinq ans, tout comme moi, et elle est déjà incapable de sortir de l’engrenage dans lequel elle a mis le doigt. Ce livre serait-il une invitation à faire le point sur mes propres choix de vie ? J’ai pris la liberté de le croire, et j’en suis sortie grandie.


Résumé de l’éditeur :

Provinciale d’origine modeste, Claire est une trentenaire comblée. Diplômée d’une grande école, elle occupe un beau poste dans un groupe agro-alimentaire. Avec Antonin, cadre dans la finance, elle forme un couple parfait. Mais soudain, Claire vacille. Au bureau, sa supérieure hiérarchique lui tourne le dos, de nouvelles recrues empiètent sur ses dossiers, elle se sent peu à peu évincée. Claire doit se rendre à l’évidence : c’est la disgrâce. Elle qui a tout donné à son entreprise s’effondre. Est-il possible pour Claire d’exister sans «briller»? Que vont devenir ses liens amicaux et amoureux fondés sur un même idéal de réussite?


Juliette se moquait sans cesse des expressions importées de l’entreprise contaminant le langage de sa sœur. Comme ce jour où Claire lui a proposé de « débriefer » la séance de ciné devant un verre. Juliette était partie dans un fou-rire : « Non, non, on va pas débriefer, on va simplement papoter. »
« Une no man’s langue », disait-elle. Claire fait attention aux mots qu’elle choisit mais elle finit toujours par commettre une erreur. « Performer », « impacter », « meeting » sortent de sa bouche inévitablement. C’est irrépressible. « Céder sur les mots, c’est céder sur les choses », Juliette prononce souvent cette phrase. Claire trouve la citation sentencieuse. Mais en y repensant, elle se dit qu’elle a raison, les mots ne sont pas anodins. Employer dans la vie de tous les jours le vocabulaire du marketing, c’est se réduire à n’être qu’un cadre de Nutribel dans tous les moments de sa vie. « Gérer » sa vie, « se mettre sur le marché » pour qualifier l’état de recherche amoureuse, l’entreprise modèle nos paroles et nos comportements.

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