Civilizations Laurent Binet Editions Grasset Rentrée Littéraire 2019 The Unamed Bookshelf

Notre monde aurait pu ne pas être ce qu’il est devenu. L’avenir du monde s’est joué à si peu de choses : quelques morceaux de fer, de bons anticorps, des chevaux puissants. Et voilà les incas prêts à marcher sur l’Europe et à prendre le pouvoir sur nos vieilles dynasties royalistes. Dans ce roman atypique, Laurent Binet imagine la conquête de l’Europe par Atahualpa, empereur Inca du XVIème siècle. A travers les yeux effarés de ces conquistadors amérindiens, il décrit l’Europe de l’Inquisition, des guerres de religion, des dynasties inébranlables, des seigneurs et des vassaux. Avec beaucoup d’intelligence et un sarcasme mesuré, il se moque de tout et de tout le monde, mais surtout des différents religieux de l’époque. Luthériens, catholiques, protestants, morisques, juifs, les Incas n’y comprennent rien, pour notre plus grand plaisir !

A la manière d’un chroniqueur plus ou moins objectif, Laurent Binet nous restitue les épopées de la fille d’Erik le Rouge, partie du Groenland et descendant la côte américaine jusqu’à rencontrer des locaux, de Christophe Colomb et de ses hommes, attaqués par les « Indiens » et capturés par le peuple vivant sur l’île de Cuba, d’Atahualpa et de sa cour, arrivés en Espagne suite à une querelle avec l’autre empereur Inca, s’arrogeant finalement l’empire de Charles Quint, et enfin de Miguel de Cervantes, dont la vie a été bien différente dans une Europe dominée par les amérindiens. Un petit conseil : si vous n’êtes pas familiers de ces personnages, prenez connaissance de leur histoire avant d’ouvrir ce livre ! Vous risqueriez de croire aux récits inventés par l’auteur, tellement ils sont bien construits, appuyés sur des faits réels et somme toute parfaitement crédibles.

J’avais eu l’occasion de découvrir le génie de Laurent Binet avec HHhH et La septième fonction du langage, et je suis une fois de plus époustouflée par la qualité de sa prose, la quantité de recherche derrière ses livres, et son incroyable imagination. Il signe une fois de plus avec Civilizations un roman d’envergure, unique en son genre et diablement intelligent, une belle réussite dans le sillage de ses écrits précédents.


Résumé de l’éditeur:

Vers l’an mille  : la fille d’Erik le Rouge met cap au sud.
1492  : Colomb ne découvre pas l’Amérique.
1531  : les Incas envahissent l’Europe.

À quelles conditions ce qui a été aurait-il pu ne pas être  ?
Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux conquistadors.  Donnez-leur  le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire.

Civilizations est le roman de cette hypothèse : Atahualpa débarque dans l’Europe de Charles Quint. Pour y trouver quoi  ?
L’Inquisition espagnole, la Réforme de Luther, le capitalisme naissant. Le prodige de l’imprimerie, et ses feuilles qui parlent. Des monarchies exténuées par leurs guerres sans fin, sous la menace constante des Turcs. Une mer infestée de pirates. Un continent déchiré par les querelles religieuses et dynastiques.
Mais surtout, des populations brimées, affamées, au bord du soulèvement, juifs de Tolède, maures de Grenade, paysans allemands  : des alliés.
De Cuzco à Aix-la-Chapelle, et jusqu’à la bataille de Lépante, voici le récit de la mondialisation renversée, telle qu’au fond, il s’en fallut d’un rien pour qu’elle l’emporte, et devienne réalité.


Ils se réunirent avec les généraux et Coya Asarpay pour décider d’un plan d’action. Les Quiténiens comprenaient qu’il se jouait quelque chose de grave ici autour de différents groupes de croyances, les juifs et les conversos, les morisques mahométisants, les luthériens, les vieux et les nouveaux chrétiens. Ils ne saisissaient pas exactement ce qui était en jeu derrière ces histoires de dieu cloué et de cuisine au lard mais ils savaient que les Levantins prenaient tout ça très à cœur, comme la cérémonie des bûchers l’avait prouvé amplement.

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