Ni poète ni animal Irina Teodorescu Editions Flammarion The Unamed Bookshelf Rentrée Littéraire 2019 BabelioNous avons tous étudié la chute de Ceaușescu dans nos livres d’histoire, la chute du Rideau de fer, la fin de l’URSS, 1989, et tout ça. Nous connaissons les dates et les faits historiques, nous savons comment se finit l’Histoire. Pourtant, il est bien différent d’appréhender ce même événement de l’intérieur du pays, et surtout à travers les yeux d’une gamine de dix ans à la famille complètement dingue et à l’imagination débordante. Carmen, parisienne d’adoption et avocate défendant les droits des animaux, sur son enfance à Bucarest, ses élans poétiques d’enfant glorifiant le communisme, ses weekends chez sa grand-mère folle, les lubies de son père, les étés chez ses grands-parents plus sains d’esprit, et surtout sur l’été de ses dix ans, où tout a basculé. Elle évoque dans son récit son amitié pour un grand poète roumain controversé et récemment décédé, son seul ami et mentor resté en Roumanie – serait-il calqué sur Adrian Păunescu ?

Carmen, la narratrice devenue adulte, nous livre un récit décousu, drôle et piquant, entre histoires d’enfant plus ou moins inventées et les facéties d’une vie d’immigrée parisienne ne sortant pas de son arrondissement. D’anecdote en anecdote, elle nous décrit cette famille assez aisée, assez frappée, où chacun y va de sa petite magouille et de sa petite marotte. Le récit est entrecoupé de passages complètement loufoques : la mère enregistre sur une cassette un monologue à envoyer à sa meilleure amie immigrée aux Etats-Unis, ou bien la narratrice nous restitue les compte-rendus de rendez-vous psychologiques de sa grand-mère folle.

Irina Teodorescu nous offre une vision inédite des révolutions soviétiques, un regard de l’intérieur, celui des enfants ayant grandi dans ces pays et n’ayant jamais rien connu d’autre, celui de ces monsieur-tout-le-monde qui n’ont rien vu venir et rien demandé non plus, celui des familles simples, pas forcément engagées politiquement qui vivaient juste leur vie. C’est rafraîchissant et en même temps, très instructif.


Résumé de l’éditeur:

Carmen apprend la mort soudaine du Grand Poète, sa seule attache à la Roumanie, au moment où elle traverse un rond-point occupé par un peuple prêt à tout renverser. Alors, elle a comme un éblouissement : les souvenirs d’une autre révolution, conduite par ce poète autrefois dissident, lui reviennent, intacts.
1989. Elle avait dix ans et écrivait des poèmes à sa « camarade maîtresse» pendant que sa mère, cachée dans la salle de bains, enregistrait des K7 audio à destination d’une amie passée à l’Ouest et que son père échangeait les savons de son usine contre des petits pains. À l’époque, tout cela lui paraissait aussi banal que la folie de sa grand-mère, surveillée depuis toujours par les autorités, ou que les ours des Carpates dont on disait qu’ils mangeaient les enfants.
De quel genre de vague à l’âme naît une révolution ? Est-ce une impulsion animale ou poétique ? En conteuse aussi insolite qu’inspirée,
Irina Teodorescu puise dans les souvenirs vifs de son enfance pour mettre en scène trois générations de femmes – et quelques animaux à leur suite – que rien ne préparait à voir la grande Histoire tout bousculer.


En chemin, en bordure d’un rond-point, j’ai vu un groupe debout autour d’un feu de palettes, et j’ai eu le temps de lire : Les gens sont dans la rue. Devant une gare, d’autres groupes, d’autres contestataires, d’autres feux, d’autres bois. J’ai mangé un sandwich devant une affiche peinte en rouge représentant un sablier, avec l’inscription extinction-rébellion. J’ai passé un quart d’heure à chercher ces mots en russe, je ne les ai pas trouvés.

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