Grand Prix des Lectrices ELLE 2020 The Unamed Bookshelf

D’aussi loin que je me souvienne, j’avais toujours rêvé d’être jurée du Grand Prix des Lectrices du magazine Elle. D’abord, quand je guettais les lauréats entre les pages lustrées, et puis d’autant plus ensuite quand j’ai eu la chance d’assister à la remise du prix en 2014. C’était, pour moi, le Graal d’une vie de lectrice comme la mienne que d’être jurée d’un prix aussi prestigieux et reconnu. 

Depuis huit mois, ce rêve de petite fille est devenu réalité. Même si les prix n’ont pas encore été remis et que la soirée magnifique pour terminer en beauté cette aventure a été annulée en attendant des jours meilleurs, j’ai apprécié chaque moment de cette expérience de jurée. J’ai eu l’occasion de découvrir des livres incroyables, de me frotter aux essais, de rencontrer des lectrices inspirantes et adorables et de voir l’un de mes avis publiés dans le magazine Elle ! En un mot, ce fut mémorable. 

Pour prolonger un peu le plaisir, et jouer aux pronostics sur les potentiels gagnants, voici un petit bilan de mes lectures préférées par catégorie.

Roman

Et toujours dans les Forêts, Sandrine Collette (JC Lattès)

Véritable coup de coeur, ce roman questionne notre manière de vivre, et nous laisse entrevoir, de manière pessimiste, ce que pourrait devenir notre monde si nous ne changeons pas rapidement de comportement. Au-delà de ce message engagé et engageant, il se caractérise par un style rare, saccadé et réflexif, qui aspire entièrement le lecteur dans le récit. Un vrai « page-turner » !

 

Le Ghetto intérieur, Santiago H. Amigorena (P.O.L)

Témoignage unique sur la douleur des absents, ceux qui ont fui avant l’holocauste, laissant sur place leur famille, ce récit bouleverse irrémédiablement son lecteur. On ne ressort pas indemne de ces pages dans lesquelles s’étalent le silence coupable de Vicente Rosenberg, et qui nous rappellent que l’humanité est indivisible même si certains se permettent de réduire leurs semblables à un simple mot pour justifier leur destruction.

Polar

Sacrifices, Ellison Cooper (Cherche midi)

Sans avoir eu de véritable coup de coeur dans cette catégorie, Sacrifices s’est distingué parce que j’y ai vu plus qu’un « simple » polar. L’intrigue, à mon sens, tient bien la route et crée suffisamment de suspense pour garder son lecteur en haleine mais ce n’est pas ce qui lui permet de sortir du lot. Ce sont les insertions d’analyses neuroscientifiques sur les tueurs en série qui donnent une profondeur rare au récit, ainsi que la riche galerie de personnages, constituée presque exclusivement de minorités, ce qui est rare dans un polar américain, qui en font un roman aux multiples facettes.  

 

La fille sans peau, Mads Peder Norbo (Actes Sud)

Vous l’aurez compris, j’aime les livres engagés qui sortent de l’ordinaire, surtout dans cette catégorie. Celui-ci ne fait pas exception, avec son décor glacial inédit, celui du Groenland, et la critique virulente qu’il fait de la société locale, la dernière au monde à connaître un taux aussi élevé de violences faites aux enfants. Ces deux réalités, totalement inconnues pour moi avant d’ouvrir ce livre, ont rendu cette lecture passionnante et m’ont donné envie de lire les prochains opus.

Essai

Le Consentement, Vanessa Springora (Grasset)

On ne présente plus, cet essai – témoignage – mémoire sur la pédophilie affichée de Gabriel Matzneff, avec lequel l’auteure a eu une liaison quand elle était adolescente. C’est un livre incroyable d’honnêteté et de retenue, un récit tremblant et vrai qui nous touche au plus profond de nous-mêmes, mais c’est aussi une réflexion sur la morale, la liberté,  et la difficulté d’imposer des limites claires quand il s’agit de consentement.

 

Des hommes justes, Ivan Jablonka (Seuil)

Premier essai de la sélection, c’était aussi le premier livre d’idées que je lisais pour le plaisir, loin des cours de sciences politiques et de philosophie – et il m’a marquée. Ivan Jablonka nous propose une réflexion sur la justice de genre, en nous instruisant sur le patriarcat, l’histoire et les victoires du féminisme ainsi que sur le déclin des masculinités de domination. Le regard historique m’a permis d’apprendre beaucoup tout en prenant du recul sur le propos et d’apprécier la dernière partie, où l’auteur défend ses idées, de manière accessible, parfois même drôle.

 

Pour en savoir plus, vous pouvez retrouver d’autres bilans de cette aventure sur les blogs de mes co-jurées : motspourmots.fr, LuparJu, Lettres et caractères, Les mots de Mahault.