Aires, Marcus Malte, Editions Zulma, 2020, The Unamed Bookshelf

Aires est ce qu’il convient de qualifier d’OLNI ou « objet littéraire non-identifié ». C’est un roman sans intrigue linéaire, seulement une constellation de destins plus ou moins reliés les uns aux autres qui finissent par se heurter avec une grande violence dans les derniers chapitres. C’est aussi, et surtout, une sorte de thèse sociétale imagée, où l’auteur explore les tréfonds de l’individualisme humain dans l’espoir ténu d’éveiller la conscience de ses lecteurs sur les aberrations de notre société moderne. Publicités, pensées, anecdotes, conventions internationales, extraits de carnets et flash infos se mélangent pour nous donner le tournis et bousculer notre petit confort douillet.

J’admets volontiers que j’ai eu des difficultés à entrer dans ce récit – au point même de le commencer, puis de l’abandonner quelques temps avant de le reprendre à nouveau. Par contre, une fois habituée à la construction étrange du récit, à ces chapitres aux noms de voitures plus ou moins décaties, et au jeu de styles littéraires pratiqué allègrement par l’auteur, allant de la science-fiction la plus caricaturale aux dialogues de vaudevilles, j’ai passé un grand moment. J’ai ri de nombreuses fois à l’humour grinçant de Marcus Malte, à ses blagues dans le texte qui semblent ne s’adresser qu’à lui, à ses références culturelles et historiques totalement décalées et ces jeux de mots brillants sur les noms de ses personnages.

Marcus Malte nous sert ici un livre diablement intelligent dans lequel il ne se prive pas de critiquer avec véhémence notre société, présentant les rares nantis comme des inconscients obnubilés par l’argent et le statut, tandis que tous les autres se font le portrait de la majorité silencieuse, ces gens écrasés par le poids du travail et des sacrifices qu’ils font pour leurs familles, qui sont les véritables héros ordinaires, drôles, attachants et profondément humains.


Résumé de l’éditeur:

Ils sont sur l’autoroute, chacun perdu dans ses pensées. La vie défile, scandée par les infos, les faits divers, les slogans, toutes ces histoires qu’on se raconte – la vie d’aujourd’hui, souvent cruelle, parfois drôle, avec ses faux gagnants et ses vrais loosers. Frédéric, lanceur d’alerte devenu conducteur de poids lourds, Catherine, qui voudrait gérer sa vie comme une multinationale du CAC 40, l’écrivain sans lecteurs en partance pour « Ailleurs », ou encore Sylvain, débiteur en route pour Disneyland avec son fils… Leurs destins vont immanquablement finir par se croiser.

Un roman caustique qui dénonce, dans un style percutant à l’humour ravageur, toutes les dérives de notre société, ses inepties, ses travers, ses banqueroutes. Et qui vise juste – une colère salutaire, comme un direct au cœur.


Il observe les gens tout autour, tous ces gens. Comment font-ils ? Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu. Sommes-nous tous faits du même bois ? On rêve, on veut, on tente, on échoue, on renonce, on meurt. C’est le schéma, plus ou moins. Le chemin. Il y a de légères variantes. Il ne rêvait pas de devenir vétérinaire ou pompier ou pilote ou boulanger. Il n’a pas souvenir d’avoir rêvé, enfant, d’un métier en particulier. Lorsqu’on lui demandait ce qu’il voudrait faire plus tard, il ne savait jamais quoi répondre. Il se forçait, il disait la première choses qui lui passait par la tête parce qu’il savait que cela faisait plaisir à l’adulte qui le lui demandait, mais il n’avait pas vraiment de rêve, pas d’ambitions, pas de ce genre en tout cas. Ce qu’il aurait aimé, en réalité, c’est que les choses ne changent pas. Les choses étaient bien ainsi – qu’elles le restent. Il n’était pas pressé de grandir, de devenir un homme, de travailler, cela ne lui paraissait pas un but très enviable.

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