Les Bleus étaient verts Alain Jaspard Editions Héloïse d'Ormesson Rentrée littéraire 2020 The Unamed Bookshelf

La guerre d’Algérie est un épisode de l’Histoire de France souvent passé sous silence. Les grandes lignes et les pires exactions, nous les connaissons tous, mais le détail reste flou, bien peu sont ceux qui peuvent, et qui veulent, le raconter. Dans Les Bleus étaient verts, Alain Jaspard brise le tabou et nous parle, avec humour et dérision, des dernières années de cette « opération de maintien de l’ordre » qui a si mal tourné. A travers le personnage de Max, fils de mineur de Saint-Etienne rêvant d’ailleurs, il revient sur ces jeunes hommes envoyés contre leur gré dans ce pays déchiré où la guerre est déjà perdue d’avance, et où l’oisiveté est finalement le pire des maux.

Variant les points de vue, Alain Jaspard raconte une époque, celle du début des années 1960, une France ankylosée dans des traditions d’un autre âge, des jeunes assoiffés de liberté et de changement, une Algérie fière à l’avenir tout tracé de république communiste. L’absurdité déborde de ces quelques pages de roman : absurdité d’une guerre gagnée sur le terrain mais perdue politique, absurdité des massacres de part et d’autre quand les hommes s’apprécient, sans distinction de nationalité ou de religion, absurdité de l’amour qui fleurit là où on ne l’attend pas, absurdité des magouilles familiales pour marier les filles aux prestigieux soldats qui n’ont jamais combattu qui que ce soit, absurdité d’un monde qui ne sait pas encore exister sans la guerre.

Ce livre m’a appris énormément sur la guerre d’Algérie, sur la réalité vécue par les soldats sur place, ces hommes qu’on prenait pour de la chair à canon mais qui n’en avaient pas moins des rêves de grandeur, des fiancées restées au pays et des sentiments mitigés pour leurs ennemis, tant qu’ils le restèrent. J’ai énormément ri à la lecture, contre toute attente, retrouvant dans Les Bleus étaient verts un peu de cet humour de La 7ème compagnie que j’avais adoré, enfant. Instructif, drôle, mais aussi touchant, c’est un roman atypique qui participe à rétablir la vérité sur une époque historique trop souvent réécrite et méconnue.


Résumé de l’éditeur:

Max ne suivra pas son père six cents mètres sous terre. La mine, très peu pour lui. À vingt ans, Max rêve d’ailleurs. Alors en 1961, quand il embarque pour l’Algérie, il se dit qu’au moins, là-bas, il y aura le soleil et la mer. Il ne sera pas déçu.
Pour l’aspirant au 11è bataillon de chasseurs alpins, le poste frontière algéro-tunisien relèverait presque de la sinécure. D’autant qu’il rencontre Leïla, une jeune infirmière Berbère dont il tombe fou amoureux. Tant pis pour sa fiancée sténo à Saint-Étienne.
Mais à l’approche du cessez-le-feu, les tensions s’exacerbent, l’ennemi d’hier devient le nouvel allié et Max essaie de garder la face dans ce merdier. Saleté de guerre…

Tragi-comédie cruelle et corrosive où le verbe mordant d’Alain Jaspard incise dans la laideur d’un conflit remisé aux oubliettes, Les Bleus étaient verts est le portrait d’une jeunesse en mutation qui s’apprête à briser ses entraves, à libérer sa soif de vivre et d’aimer.


Seulement nous, on n’a pas trop le droit. Jamais dans un bistrot tu n’entends des vieux raconter les Aurès ou la Kabylie, suivi d’un « c’était l’bon temps ». Jamais. On peut pas. On n’a pas le droit. Cette guerre, un jour, y a un gars qui l’a appelée « la sale guerre d’Algérie », sûr qu’elle était pas propre, mais est-ce que ça veut dire qu’il y a des guerres propres ? Le Viêtnam, la Biafra, Stalingrad, la guerre d’Espagne, c’était des guerres propres ? Il paraîtrait qu’elle était sale parce que c’était une guerre de libération coloniale, j’en conclus qu’elle était sale côté français et propre côté algérien. Même Ali, il est pas d’accord, pourtant il était du côté algérien. L’armée française n’enfilait pas des perles, mais les Algériens n’étaient pas non plus des enfants de choeur, les attentats, les assassinats, les exécutions, d’accord à la guerre tous les moyens sont bons, mais question propreté, peut mieux faire. Dis-moi, Ali, cette charmante coutume que vous aviez de couper les couilles de vos victimes et de les leur fourrer dans la bouche, c’était d’un goût douteux, non ? Comment c’est pas vrai ? On prétend même que les couilles des uns ont été enfoncées dans la bouche des autres, mais je peux pas croire que l’âme humaine soit si noire. C’est pas du racisme, Ali, c’est la vérité vraie, toute nue. La guerre d’Algérie, revue et corrigée, c’est une longue suite de tortures, de viols, de pillages, d’exactions en tout genre perpétrés par deux millions de pauvres bougres appelés contre leur gré, ils avaient pas du tout envie d’y aller, deux longues années, dans un conflit qui ne les concernait pas.
La guerre d’Algérie, c’est la honte.

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