Nature humaine, Serge Joncour, Editions Flammarion, Rentrée littéraire 2020, The Unamed Bookshelf

Vous l’aurez compris à travers mes dernières lectures, le monde d’aujourd’hui m’inquiète, je suis en quête de sens et de réponses pour construire un monde d’après plus respectueux de l’environnement, plus juste socialement et plus durable économiquement. Serge Joncour m’apporte avec Nature humaine un éclairage saisissant sur les mécanismes qui ont entraîné la France vers la puissance capitaliste qu’elle est aujourd’hui, en traçant le portrait d’une période charnière de son histoire, celle du virage vers l’accélération nette de la modernisation de 1976 à 1999, caractérisée par l’urbanisation massive du pays, la désertification des campagnes, le développement du nucléaire et des autoroutes, et les débuts d’une mondialisation hors de contrôle. Tout ça, nous le vivons à travers le regard d’Alexandre, fils d’agriculteur, attaché à sa terre, sceptique face au capitalisme galopant mais tenté par cette modernité promettant confort de vie, épanouissement personnel et enrichissement conséquent.

Serge Joncour nous offre une réflexion profonde sur nos campagnes françaises, les modèles productivistes auxquels elles ont dû se conformer et les premières catastrophes qu’ils ont engendrés, dont la vache folle n’est qu’un exemple parmi d’autres. Il évoque aussi l’émergence de la conscience écologiste chez les jeunes, dont le nucléaire a été l’engrais et Tchernobyl le catalyseur, ainsi que notre fâcheuse tendance à consommer des produits alimentaires achetés en supermarché sans rien savoir de leur provenance ou de leur qualité. Il dénonce un mouvement destructeur déjà l’oeuvre durant ces années-là, que les activistes n’ont pas réussi à arrêter ou à renverser, et qui est directement responsable de l’état du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Jouant du contraste entre Alexandre et Constanze, jeune Allemande de l’Est dont il est amoureux, l’auteur oppose deux mondes qui, s’ils semblaient pouvoir rester proches au départ, n’ont fait que s’éloigner l’un de l’autre au fil des années : un monde où la simplicité et le bon sens font loi, où la vie s’organise en retrait et en fonction de la nature, et puis un monde où le voyage est un nouveau mode de vie, où la ville est un horizon en soi, où toute attache à la terre a été involontairement perdue. Constanze est comme une fenêtre sur une autre réalité, qui permet à Alexandre de voir la société évoluer vers le consumérisme de masse tandis qu’il se bat pour garder les vertes prairies des Bertranges inchangées. C’est une prise de conscience que nous propose ici Serge Joncour, une explication du sens de l’Histoire pour nous encourager à le remettre en question et à le renverser.


Résumé de l’éditeur:

La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. À qui la faute ?
Dans ce grand roman de « la nature humaine », Serge Joncour orchestre presque trente ans d’histoire nationale où se répondent jusqu’au vertige les progrès, les luttes, la vie politique et les catastrophes successives qui ont jalonné la fin du XXe siècle, percutant de plein fouet une famille française. En offrant à notre monde contemporain la radiographie complexe de son enfance, il nous instruit magnifiquement sur notre humanité en péril. À moins que la nature ne vienne reprendre certains de ses droits…


Parce que, à partir de cet instant-là, ils ne furent plus très sûrs de rien, même s’il faisait réellement froid ou pas, tout devint incertain, comme si l’enfance ou l’adolescence venait de les rejeter là, de les projeter sur la plage ultime de l’innocence, celle depuis laquelle on embarque enfin vers sa vie, mais sans vraiment savoir laquelle. S’ils se prirent la main, c’est qu’ils venaient tous deux de tomber de haut. Tous deux, sans rien dire, ils ruminaient leurs liens, tout ce qui les empêchaient d’être réellement libres, elle qui se sentait appelée par d’autres pays pour sans cesse fuir le sien, et lui qui se sentait viscéralement attaché à sa terre. Ils continuèrent à se tenir la main, serrant de plus en plus fort, ils pactisaient sans un mot, comme s’ils se résolvaient à ne pas se plier à l’ordre des choses. Il faudrait se battre pour que tout soit autrement, se battre non plus seulement contre des centrales nucléaires mais également pour soi, se battre très égoïstement comme cette vie déjà toute tracée. Tout couple était une révolte.

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