La huitième vie, Nino Haratischwili, Folio, Rentrée littéraire 2021, Saga familiale, Géorgie, XXème siècle

Non, je n’essaierais pas de résumer ce livre pour vous, pour vous simplifier la vie et vous laisser le choix de ne pas le lire. Le texte qui suit aura simplement pour objectif de vous convaincre d’aller en librairie vous procurer cet ouvrage qui, je vous le garantit, ne vous laissera pas indifférents. La huitième vie est l’histoire d’une famille, celle qui commence avec le fabricant de chocolat, au moment de la révolution russe, et se poursuit, un siècle plus tard, par l’atypique et attachante Brilka. Entre les deux, un seul homme, surtout des femmes, beaucoup d’amour et de peine, de trahisons et de dénis, de larmes et quelques moments de joie. Entre les deux, il y a le communisme, l’empire Soviétique, Staline et le Petit Grand Homme, plusieurs guerres qui semblent suivre Stasia à la trace, et la chute de l’URSS, protectrice et occupante. C’est l’histoire d’une famille et celle d’un siècle, dans un pays oublié par nos pays de l’Ouest capitaliste, la Géorgie.

C’est impossible d’expliquer le mécanisme romanesque de ce récit, et pourtant, il a cette faculté incroyable, malgré ses quelques mille deux cent pages, de nous absorber tout entiers, de nous retenir entre ses pages, de nous émouvoir aux larmes et de nous écoeurer à vomir. On est sans cesse confrontés à la noirceur de la vie, à l’impossibilité de l’amour, à la violence des soulèvements. Mais on est aussi transportés par les rêves grandioses de chaque personnage, par la rage de vivre qu’ils peuvent avoir, par les liens du sang qui, envers et contre tout, les tiennent ensemble, irrémédiablement. Niza, tante de Brilka, reconstitue pour elle ce grand puzzle qu’est l’histoire de sa famille, une histoire meurtrie par un contexte difficile, renversée par les démons intérieurs de ses protagonistes, magnifiée parfois par la beauté de leur humanité.

S’il n’y avait qu’une seule chose à retenir de toute cette chronique qui dit tout en ne disant rien, c’est ceci : ce livre mérite d’être lu, pour la virtuosité de son autrice pour laquelle les émotions humaines n’ont pas de secret, pour l’intensité de ses mots et pour l’ampleur de son ambition. C’est l’histoire d’un siècle entier, un siècle improbable et pourtant historiquement vrai, et en plus, c’est incroyablement bien raconté – rien que pour ça, vous ne pouvez pas passer à côté.


Résumé de l’éditeur:

« Tu veux être libre ? Alors sois libre. Tu veux danser ? Alors danse ! Tu veux être une épouse, alors sois-le. Ce n’est pas une honte. Mais tout ça n’est pas possible à la fois. Tout avoir, c’est comme ne rien avoir. »

Géorgie, 1917. Fille d’un chocolatier de génie, Stasia rêve de devenir danseuse étoile à Paris. Son père aurait voulu qu’elle épouse un brillant officier, Simon Iachi. Alors que Stasia est sur le point de renoncer à ses aspirations, la révolution bolchevique se propage…
Allemagne, 2006. Brilka, l’arrière-petite-fille de Stasia, a fugué. Partant à sa recherche, sa tante entreprend d’écrire l’incroyable histoire de leur famille. En révélant les destins tragiques des Iachi, elle libérera peut-être la jeune Brilka de la malédiction qui semble peser sur eux depuis plus d’un siècle…


L’amour était un poison lent, insidieux, l’amour était perfide et mensonger, l’amour était un voile jeté sur la misère du monde, l’amour était gluant et indigeste, il était un miroir dans lequel on pouvait croire être autre que ce qu’il était, il était un esprit qui distillait l’espoir là où il n’y en avait plus depuis longtemps, il était une cachette dans laquelle on croyait pouvoir trouver refuge et où l’on trouvait finalement que face à soi-même, il était le souvenir flou d’un autre amour, il était la possibilité d’un sauvetage et ressemblait pour finir à un coup de grâce, il était une guerre sans vainqueur, un joyau précieux dans un tas de débris de verre coupants, oui, Brilka, l’amour était tout cela alors.

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